Attractivité de la France et stratégies des établissements d'enseignement supérieur
Séminaire annuel des vice-présidents des relations internationales
Le séminaire annuel des vice-présidents des relations internationales s'est tenu à Bordeaux les 30 juin et 1er juillet 2011.
L'internationalisation de la vie universitaire est une évidence et la mobilité est aujourd'hui considérée comme un facteur d'insertion dans une société basée sur la connaissance.
2 tables-rondes et 2 ateliers ont permis de mieux cerner les représentations et les attentes de nos pays partenaires et de dresser un bilan des programmes communautaires dans une phase cruciale d'analyse et de mise en oeuvre des futurs programmes européens et internationaux.
«On ne vit pas sans effet sur soi-même au bord de la Gironde»
Jean-Louis Nembrini, recteur de l'académie de Bordeaux a ouvert ce séminaire.
Le Pres Université de Bordeaux a des ambitions nationales et internationales : nombreux accords avec des universités partenaires ,136 pour Bordeaux 1, 300 pour Bordeaux 4, 166 pour l'université de Pau et des pays de l'Adour, mise en place de doubles diplômes, collèges doctoraux bi-nationaux, cotutelles de thèses, mobilité des étudiants.
Depuis 2008, la région Aquitaine est passée de 15.000 à 30.000 bourses de mobilité pour les étudiants qui effectuent un stage à l'étranger dans le cadre de leur cursus.
Deux grandes opérations caractérisent la paysage bordelais dans le cadre duPlan Campus :
- l'université et la recherche vont être réintégrées au cœur de la cité ;
- un nouveau modèle d'université est en train de naitre grâce à des investissements d'avenir et une initiative d'excellence (Idex) qui vient d'être labellisée.
Passer des relations internationales à l'action internationale
Manuel Tunon de Lara, président du Pres de Bordeaux
« Nous avons besoin de remettre au cœur de la stratégie universitaire la position de l'établissement. Si nous avons été des spécialistes des relations internationales, nous devons maintenant dépasser ce stade et nous engager dans l'action internationale qui est obligatoirement liée à la stratégie et au plan d'action de l'établissement ou du site. »
Antoine Godbert, directeur de l'agence Europe-Education-Formation France
« L'Agence est votre maison à tous, et nous participons le plus efficacement possible à cette politique générale d'attractivité. L'enseignement supérieur joue un rôle de pivot dans la vision de l'éducation et la formation tout au long de la vie : 53% du budget communautaire est alloué à Erasmus, soit 95 millions d'euros attribués aux projets Erasmus en 2011.
Les programmes que nous gérons à l'agence nous donnent l'occasion d'entreprendre des coopérations de plus en plus importantes : la France est en effet leader pour Erasmus Mundus, tandis qu'avec Tempus, nous disposerons en 2012 de 82 millions d'euros pour la mise en œuvre d'une politique méditerranéenne et d'un partenariat oriental.
Trois choses importantes à souligner :
Penser à long terme pour augmenter la qualité des mobilités (dont les mobilités d'encadrement) ;
Mettre en place une énergie créative commune englobant les partenaires des universités pour une attractivité territoriale ;
Rendre attractives les filières du primaire et du secondaire englobant l'enseignement professionnel et penser dès aujourd'hui à des filières d'excellence tout au long de la vie.
Conjuguer intérêt national et intérêts des établissements
Sonia Dubourg-Lavroff, directrice de la Dreic
S'il y a des intérêts au niveau des territoires, des établissements, il y a aussi un intérêt national défini par le gouvernement avec des priorités fixées par nos ministres que nous avons à mettre en place.
Evaluation, notoriété et qualité sont la définition même de l'attractivité. Les établissements d'enseignement supérieur ont pris conscience de ces enjeux et se sont regroupés dans des pôles de recherche et d'enseignement en articulant territoires et compétences.
Pour conjuguer intérêt national et intérêt des établissements, il faut parfois des impetus, des mouvements coordonnés par le ministère qui apporte soutien et coordination pour des projets ambitieux.
Notre défi, c'est d'articuler les mobilités entrantes et sortantes. L'attractivité en effet, c'est aussi la venue sur notre territoire de professeurs, de chercheurs et d'étudiants de qualité qui va dépendre de notre propre capacité à exporter des ambassadeurs de grande qualité de par le monde qui vont contribuer à promouvoir les qualités de notre pays.
Former des jeunes ouverts au monde
Jean-Pierre Gesson, président de la Corie-CPU
La France est un pays extrêmement attractif pour les étudiants.
Nous devons former des jeunes aptes à trouver un emploi et aussi des jeunes ouverts au monde.
Nous remarquons une montée en puissance de l'enseignement supérieur dans de nombreux pays qui nous amène à construire des relations de véritable partenariat et non plus seulement des relations d'aide et d'appui.
Le service des relations internationales doit être un service transversal qui touche tous les domaines, et notamment la formation et la recherche.
L'espace européen de l'enseignement supérieur : valeur ajoutée pour l'attractivité de la France ?
Si la multiplicité et la diversité des cultures et des langues en Europe sont pour nous une évidence, elles n'en constituent pas moins un très grand facteur d'attractivité de l'espace européen d'enseignement supérieur : « c'est un élément fondamental qui constitue tout l'intérêt d'un parcours type Erasmus Mundus, au cours duquel un étudiant est amené à évoluer dans trois universités de trois pays européens différents » comme l'a rappelé Sonia Dubourg-Lavroff (DREIC, MENJV/MESR).
Mais l'attractivité de la France sur la scène internationale tient également au travail important de lisibilité des offres nationales de formation, réalisé sous l'impulsion du processus de Bologne, au soutien apporté par les programmes communautaires, ainsi qu'à la façon de faire vivre l'attractivité internationale dans les établissements.
Le classement européen U-Multirank - Un outil au service de l’attractivité de la France ?
Pour les étudiants internationaux aujourd'hui, l'attractivité d'un établissement d'enseignement supérieur passe aussi par son positionnement dans les classements (Shangaï, Times Higher Education, CHE, QS, etc.). Or des pays comme la France ou l'Allemagne n'y sont pas encore très représentés. En 2008 a donc émergé l'idée d'un nouveau classement mondial qui respecterait davantage les spécificités des établissements du Vieux Continent.
Philippe Vidal (OST) a présenté à Bordeaux les conclusions de l'étude de faisabilité de ce futur classement U-Multirank.
L'étude, financée par la Commission européenne, a duré 2 ans (2009-2011) et concerné plus de 150 établissements du monde entier. Elle pourrait se poursuivre par une nouvelle période d'expérimentation et d'affinage des indicateurs, avant que le classement ne soit complètement opérationnel.
U-Multirank est pensé en complémentarité des classements mondiaux existants. Il combinerait à la fois « l'approche descriptive cartographique d'U-Map » (Universiteit Twente, CHEPS) et « l'approche quantitative personnalisée et multidimensionnelle » du classement CHE. Les indicateurs retenus permettraient de comparer les établissements selon 5 dimensions : la recherche, l'enseignement, l'internationalisation, le transfert de connaissances et l'engagement régional.
Philippe Vidal a également évoqué les projets de mise en place de classements nationaux (sur le modèle du classement CHE) partageant une même méthodologie, « de façon à ce que les classements soient comparables pour permettre aux étudiants de s'orienter facilement en Europe ».
La question de la mesure de l'impact de ces classements internationaux sur les choix d'orientation finaux des étudiants reste posée.
Bilan des programmes communautaires - Nouveaux programmes
John Reilly (Expert de Bologne, UK) et Antoine Godbert (Directeur de l'agence 2e2f) se sont chacun fait l'écho des réussites incontestables du programme Erasmus : « A life changing programme » pour tous les jeunes qui ont eu la chance de pouvoir en bénéficier. Un déclencheur sans conteste du développement de la mobilité étudiante depuis 1987. Un cadre fertile pour la réussite du processus de Bologne. Un programme « devenu aujourd'hui une identité, un nom, une marque tellement le programme a été un succès en 25 ans ». Le succès des programmes Erasmus Mundus et Tempus a également été souligné.
Plusieurs axes d'amélioration
L'obligation de moins fragmenter et de rendre plus lisibles à l'avenir les programmes communautaires dédiés à l'éducation et à la formation tout au long de la vie – mission quasi impossible aujourd'hui avec un dispositif recouvrant plus d'une trentaine d'actions et plus d'une soixantaine de sous-actions comme l'a rappelé Antoine Godbert. Le directeur de l'agence 2e2f a notamment plaidé pour un programme 2014-2020 « à la présentation plus simple et au nom générique plus compréhensible », qui permettrait de faire profiter les autres secteurs éducatifs des retombées du succès du programme européen pour l'enseignement supérieur. « Ce qui est important, c'est que la mobilité Erasmus puisse servir véritablement de tremplin pour pouvoir ensuite accomplir une mobilité à un autre moment de sa carrière ».
Ensuite la nécessité de faire des sauts qualitatifs. John Reilly suggère par exemple que la Charte universitaire Erasmus soit davantage contraignante pour les établissements signataires et constitue pour eux un réel « engagement ». Des efforts importants sont également à faire sur le plan de la reconnaissance des périodes d'études Erasmus. L'impact potentiel de la mobilité enseignante et du personnel administratif au niveau institutionnel n'est pas ou insuffisamment exploité.
Mais d'autres recommandations ont été également formulées : renforcer la place des entreprises, et du marché du travail en général, dans les futurs programmes ; favoriser la participation des personnes souffrant d'un handicap ; améliorer le suivi des indicateurs de performance du programme.
Interviews
- Jean-Pierre Gesson , Corie-CPU
- Antoine Godbert , Agence 2e2f
- Anne-Marie Galliou-Scanvion, Université de Bretagne occidentale
- Bachir Kouhlani, Ministère de l'éducation nationale au Maroc
- Didier Houssin, AERES
- François Perret, CIEPÂ
-  Deirdre Lennan (Commission européenne)
- Sonia Dubourg-Lavroff (DREIC)
- John Reilly (Expert de Bologne)
- Juliana Santil, Ambassade du BrésilÂ
Alain Coulon, chef du service de la stratégie de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle
L'attractivité de la France résulte de nombreux facteurs : je vous invite à consulter le tableau de bord 2011.
Deux facteurs nous concernent plus particulièrement :
notre capacité à former et à retenir des talents, l'implantation de centres de recherche et de développement des groupes internationaux qui a des effets d'entrainement sur le reste de l'économie.
La mobilité géographique des étudiants dans le monde s'est fortement développée ces dernières années :
En 2007 : 3 millions d'étudiants internationaux étaient scolarisés dans des pays autres que le leur, soit 60% de plus qu'au cours de l'année 2000 et on estime à 5 millions le nombre d'étudiants en mobilité en 2025.
La France, 3ème pays d'accueil pour la mobilité internationale
En France, 278.000 étudiants étrangers ont été accueillis au cours de cette année universitaire (soit 12 % des étudiants inscrits dans le supérieur, position comparable à celle de l'Allemagne) plaçant la France au 3ème rang mondial pour l'accueil des étudiants en mobilité internationale (le Royaume-Uni frisant les 20 %).
Education, recherche et innovation
L'éducation, la recherche et l'innovation sont des éléments importants d'attractivité. La France investit fortement dans l'éducation : 60 milliards d'euros dans le primaire et le secondaire, 14 milliards pour le supérieur. Elle conduit actuellement une politique sans précédent en matière de réforme qui donne une impulsion et une envie d'entreprendre.
Le paysage universitaire français est en train de changer avec le rapprochement des institutions et le regroupement des forces : l'université de Strasbourg vient de naitre, Aix-Marseille et les universités de Lorraine bientôt, l'université de Bordeaux est en cours de réalisation.
Sur le plan pédagogique, une évidence :
Il n'y a pas de recherche d'excellence sans formation d'excellence. Nous devons améliorer la qualité de nos actes pédagogiques et évaluer nos enseignements (plan réussite en licence).
Nous sommes proches de l'objectif de 50 % d'une classe d'âge diplômée de l'enseignement supérieur. La refondation de la licence générale sur laquelle nous travaillons actuellement devrait permettre à ceux qui le souhaitent, d'obtenir en fin de troisième année, une sorte de passeport pour l'emploi.
Des objectifs précis pour 2015
- Augmenter le nombre d'étudiants internationaux en master et doctorat : passer de 50% à 2/3 ;
- -Développer des politiques à l'international à long terme ;
- Des partenariats internationaux structurés ;
- Une offre de formation plus lisible (plus de 7000 spécialités de master et 2200 licences professionnelles actuellement) ;
- Consolider l'espace Bologne (47 pays signataires) et délivrer ECTS et Suppléments au diplôme pour caractériser les parcours de formation ;
- Des modules de formation en langue étrangère et des masters internationaux d'excellence pour accueillir des étudiants de haut niveau ;
- Des formations doctorales et des activités de recherche : 41 % des inscrits en doctorat sont étrangers et une fois rentrés dans leur pays, deviennent nos ambassadeurs naturels auprès des entreprises.
Un contexte européen très favorable
Les suggestions proposées lors du séminaire ont été notées attentivement par la représentante de la Commission européenne, Deirdre Lennan, qui en a profité pour dévoiler les grandes lignes du projet de la Commission européenne pour le financement de l'éducation et de la formation en 2014-2020 :
un programme simplifié (« Education Europe ») ayant vocation à servir de « guichet unique » pour tous ceux qui voudraient participer à la mobilité et à la coopération européenne dans les champs de l'éducation, de la formation et de la jeunesse ;
une augmentation financière substantielle, étant donné le rôle clé de l'éducation dans l'atteinte des objectifs de la stratégie Europe 2020.
Deirdre Lennan a également évoqué les travaux actuels de la Commission européenne en vue de la publication à l'automne de deux nouvelles communications. L'une portera sur la modernisation de l'enseignement supérieur, face aux défis que représentent notamment l'employabilité, le décrochage universitaire et l'élargissement de l'accès à l'enseignement supérieur. L'autre communication sera consacrée à l'internationalisation de l'enseignement supérieur, soulevant les problématiques de l'excellence et de l'attractivité.
Mais Deirdre Lennan a aussi rappelé que le contexte financier actuel nous impose de « faire plus avec moins et d'être beaucoup plus efficaces dans l'utilisation des financements nationaux et européens ». Ce qui pose incontestablement la question de la gouvernance. Un thème à retenir pour un prochain séminaire « relations internationales » ?
Accès au communiqué de presse annoncant les nouveaux programmes.

